MÉMOIRE D’HABITAT

November 1, 2014

« Martine Sciarli vous avez été pendant trente ans directrice de l’ADEPT ; comment l’habitat est-il devenu une de vos préoccupations principales ? »

 

L’ADEPT fut créée en 1969, par des éducateurs de prévention spécialisée, à cette époque elle n’avait pas de salarié. Arrivée en 1972 j’y fus d’abord bénévole. Le cadre institutionnel de la prévention spécialisée ne permettait pas la prise en compte de l’habitat des Tsiganes et Gens du voyage d’où le choix d’une autre association. L’habitat s’est imposé comme une nécessité incontournable dans le cadre d’un accompagnement social global. (Il y avait encore des bidonvilles alors... Ndlr). Dès 1972, les fondateurs ont travaillé à une étude sur l’observation des familles, (Montreuil, Romainville, Bagnolet, Les Lilas...) de leurs origines et de leurs activités économiques, la mobilité constituant l’un des moyens de ressources (deux cents familles concernées) toutes ethnies confondues (Roms, Manouches, Gitans…). Menée en collaboration avec le Pact Arim 93 cette étude concluait en particulier, à la nécessité de créer « des ensembles de terrains de promotion familiale » locatifs, en accès à la propriété, avec bâti et caravane ou sans caravane. Les ancêtres des terrains familiaux étaient nés, mais quelques décennies plus tard la démarche n’est pas encore politiquement assimilée. En 1972-1973 quelques familles s’installèrent dans le quartier des murs à pêches à Montreuil, concrétisant empiriquement nos propositions, dont certaines sur un terrain aménagé par la ville. De 1970 jusqu’à la fin des années quatre-vingt Environ cent familles roms et manouches résident encore à Romainville. Dans le quartier des Ormes, proche des Trois communes et de Montreuil, où résident plus de quarante ménages, la réhabilitation du terrain et du quartier fait l’objet d’une MOUS initiée par l’ADEPT avec accord de la ville. L’équipe MOUS est composée du Pact 93, de CATHS (Conception accueil transit et habitat spécifique) et de l’ADEPT. Il convient de noter que ce fut le début d’une longue collaboration avec CATHS, pour des études relatives à l’habitat, sur l’ensemble du territoire français.

 

“Vers la fin des années soixante, les familles sont repoussées toujours plus loin de la périphérie de Paris. Ce mouvement centrifuge ne cessera plus, s’amplifiant au fil des décennies du fait de l’urbanisation. Les Gens du voyage sont délogés de tous les interstices où ils étaient installés.”

 

Après un bilan diagnostic détaillé des situations, différentes solutions adaptées sont définies, résumées en cinq types : habitat pavillonnaire, habitat mixte, terrain de résidence familiale, terrain de résidence individuel, habitat collectif. Malgré quelques réalisations, la situation de précarité d’habitat perdure en 2014, liée en particulier aux réticences municipales, et depuis 1999 : 12 ménages, 31 personnes dont 11 enfants entre 0 et 16 ans vivent sur le site dans des conditions de mal logement, sans espoir de réponse… Plus de trente ans d’habitat indigne ! Durant cette décennie, on constate un mouvement important vers les communes de l’axe Paris - Meaux (RN 3), Bondy, Les Pavillons-sous-Bois, Livry-Gargan… Les familles qui le purent, s’éloignèrent et s’achetèrent un terrain, d’autant que l’accès au crédit était assez facile à cette période. Certaines s’installèrent à Stains, près de la cité jardin… D’autres s’exilèrent plus loin vers la Seine-et-Marne ou le Val-d’Oise. Fin du XXe siècle, la MOUS de Rosny-sous-Bois Après une étude demandée par la ville et conduite par l’ADEPT, une MOUS est lancée en 2000. « Il s’agit… de reconnaître aux familles une légitimité d’existence… dans le respect de leur vie sociale » (cf. rapport d’étude). L’objectif est de favoriser l’insertion des familles vivant sur le site, dans le cadre de la ZAC Saussaie-Beauclair par la réalisation d’un habitat adapté. Le bilan de l’étude indiquait : 379 personnes soit 116 ménages pour quatre groupes familiaux. Une quarantaine de ménages ne souhaitaient pas rester sur place. Le programme définitif de l’opération a connu des ajustements, le projet s’est déroulé par étapes, en surmontant de nombreuses difficultés… Finalement ce sont cinquantesept pavillons qui sont sortis de terre, rue des Cerisiers à Rosnysous- Bois. Sur toutes ces questions de l’habitat des Tsiganes et Gens du voyage, l’ADEPT fut à la pointe des propositions en Île-de-France, avec quelques autres associations du réseau de l’UNISAT 1 devenue FNASAT fin 2004. Ce sont les étapes les plus marquantes de ces années passées à l’ADEPT, qui sont brièvement résumées ici. Toutefois l’histoire serait incomplète si Bernard Provot n’était évoqué. Il fut le président de 1988 à 1998, tout en étant rédacteur en chef de la revue Études tsiganes et directeur de l’Unisat depuis 1984. À la fois praticien et théoricien, il impulsait en permanence la réflexion relative à l’accueil, à l’habitat mobile et sa place aux marges ou au sein de la cité … « Les Tsiganes et les Gens du voyage ne sont pas des errants pour des espaces indéterminés, sans existence sociale… Le lieu est un support d’habitat. … Aussi faut-il travailler non à l’adaptation de la caravane ou du pavillon à l’usage particulier des familles (…) mais à la localisation et l’implantation des lieux familiaux dans les territorialités de droit commun. » 2

 

Témoignage retranscrit par Marie-Claude Vachez, administratrice IL93 & FNASAT

 

1 Union nationale des institutions sociales d’action pour les Tsiganes

2 Bernard Provot, La loi du 5 juillet 2000 : une législation en panne - in L’habitat saisi par le droit - Études tsiganes N° 15. 2e semestre 2001.

 

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