Le DALO : un combat quotidien

Pour ce témoignage, comme pour celui de M. S en p. 16 à 18, j’ai retranscrit l’essentiel, à la façon de Bourdieu - La misère du monde. Avec un minimum de questions, j’ai voulu favoriser le discours des personnes afin de les influencer le moins possible.

Mme K., femme seule avec quatre enfants arrivés au Centre le 6 novembre 2009

Je me suis séparée de mon mari, maintenant on est divorcés. On a tous quitté la maison. Le propriétaire a voulu vendre le logement et mon mari a dit qu’un F2 c’était trop petit, qu’il voulait pas acheter, avec les enfants c’était pas possible. Après mon mari est parti et je suis restée seule avec les enfants dans l’appartement, après il a fallu partir et en plus le logement était au nom de mon mari.

Avant d’arriver ici, j’étais à l’hôtel. Pendant trois ans à Sevran Beaudottes, à l’Etap Hôtel, après à Aulnay pendant six mois et après deux mois avec le 115. Je me souviens avant c’était la préfecture qui payait, c’est mon AS de Saint-Denis qui avait appelé la préfecture pour dire que j’étais dehors avec mes quatre enfants.

Au 115 c’était trop dur, il fallait bouger tous les jours sauf les week-ends, ça a duré deux mois comme ça avec quatre enfants qui pou- vaient plus aller à l’école parce qu’on était tous trop fatigués de se lever tous les matins, d’attendre de savoir où on allait dormir la nuit d’après.

Après je suis arrivée là, c’est le 115 qui m’a appelée pour me dire de venir ici [CHRS du CEFR], c’était l’hiver [Mme est arrivée au CEFR dans le cadre du plan hivernal 2009].

Pendant cette période j’avais déjà fait la demande de logement. C’était mon A.S. qui avait fait la demande, je me souviens elle m’avait dit qu’elle faisait ça mais que sans travail ça bloquait. Même que je devais aller à Sevran Beaudottes, mais comme elle avait dit, ça a bloqué à cause du travail, pourtant on avait fait plein de papiers.

Mon premier papier pour le DALO c’était avec une A.S. d’ici, c’est moi qui lui ai demandé. Ensuite elle m’a demandé les papiers pour le faire et on l'a fait ensemble pour tout remplir. Peut-être que j'allais avoir un logement, en tout cas je pensais à ça quand j’ai demandé de faire les papiers.

Après les gens du DALO m’ont répondu que dans six mois si je n’avais pas de logement je pourrais aller au tribunal administratif (TA) et c’est ce que j’ai fait parce qu’après six mois je n’avais toujours pas de logement.

Pour le tribunal administratif je crois que c’est M. X qui a fait le dossier [T.S. de l’AVDL-DALO - en fait c’est son T.S. du CEFR], en tout cas je l’ai rencontré, je me souviens il m’a appelée ici et il m’a donné un rendez-vous à Montreuil pour mon logement. Sauf que je ne sais pas à quoi ça a servi parce qu’aujourd’hui je n’ai toujours pas le logement.

Au T.A. le juge m’a posé des questions, j’ai répondu je crois plutôt bien. Mon T.S. du CEFR est venu avec moi et quand je savais pas bien la réponse, il m’a aidé, et le juge lui aussi a posé des questions. Je me souviens trop des questions que le juge m'a posées, juste celle sur le logement : est-ce qu’on m’avait proposé un logement ? Et j’ai répondu que oui mais que je l’avais refusé, il m’a demandé pourquoi et je lui ai dit que le logement était pas bien, qu’il était tout gâté, que quand j’ai visité j’ai eu peur parce qu’il y avait des gens qui avaient pas l’air bien, même dangereux, oui, que j’avais eu peur pour mes enfants. Quand je travaille je suis obligée de laisser mes enfants dans le logement et le plus jeune a même pas dix ans, je ne peux pas le laisser dans un endroit comme ça, j’ai eu trop peur pour mes enfants, j’ai dit tout ça au juge pour qu’il comprenne que je voulais pas refuser le logement mais que j’avais pas le choix, pour mes enfants. J’ai dit aussi que j’avais visité un autre logement et qu’on a même visité deux fois, parce que je voulais que mes enfants puissent visiter aussi, mais là je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai pas eu de réponse positive.

Une semaine après le T.A, j'ai reçu un courrier qui disait (en juin 2013) que quelqu'un allait payer une amende de 750 euros par mois. Je crois que c'est le préfet qui doit payer, mais moi je n’ai pas reçu d’argent, mon T.S. m’a expliqué que cet argent ce n’était pas pour moi, donc je ne sais pas finalement à quoi ça sert tout ça.

Aujourd’hui j’attends toujours le logement, après le courrier du juge, plus rien du tout.

Ici c’est fatiguant, on dort pas bien, c’est trop petit avec mes quatre enfants. Et y a l’escalier avec la porte qui claque, les gens qui montent et qui descendent, ça m’empêche de dormir des fois jusqu’à très tard le soir ou dans la nuit.

Mes enfants, ils me demandent toujours : quand on va partir d’ici ? Je réponds qu’on n’a pas le choix, jusqu’à aujourd’hui on n’a pas le choix, mais ça fait quatre ans, c’est trop long quand même.

Quand j’ai rencontré M. X, il m’a demandé depuis quand j’avais le DALO et j’ai ramené plein de documents et après il m’a dit qu’il s’occupait de moi. C’était il y a un an à peu près. Il a dit qu’il y aurait une réunion et après il allait envoyer notre dossier à la préfecture.

Après j’ai rencontré quelqu’un d’autre avec un T.S. du CEFR [un T.S. de l’AVDL-DALO accompagnement]. Elle est venue me dire qu’elle avait peut-être un logement pour moi mais que comme j’avais des dettes au CEFR, je ne pouvais pas avoir de logement. Je ne l’ai pas crue, je ne sais pas pourquoi elle a dit ça, mais s’il y avait un logement pour moi, dettes ou pas dettes, j’aurais eu mon logement.

Maintenant je suis K.O., mais j’ai pas le choix, je me battrai jusqu’au bout, même si je gagne pas beaucoup, je me bats pour le tra- vail, c’est mieux que le chômage.

Pour moi le travail c’est pas obligatoire pour le logement. Mon problème dans la tête c’est pas le logement. Il y a beaucoup de choses dans ma tête, faut toujours se battre, pour le logement, pour le travail, pour la CAF. J’ai mes enfants, tout ça c’est pour eux. J’ai pas le choix, un jour mes enfants ils seront comme vous [nous les T.S.] : ils seront derrière un bureau pas comme moi dans un hôtel avec un travail trop fatigant.

Quand il y a trop de problèmes comme ça c’est vraiment dur, en plus j’ai peur pour le logement plus tard. Si j’ai plus mes papiers, et qu’à la préfecture, des fois ils mettent presque un an pour refaire le titre de séjour, comment je vais faire si je peux plus avoir la CAF pendant ce moment là ? Même si après ils remboursent en attendant comment onvit?MoijecomptenisurlaCAFnisur le chômage, je veux travailler, je veux tout faire toute seule, faire comme ma famille : du commerce. Depuis que je suis en France [madame est arrivée en 1999], c’est ça que je veux faire, mon commerce avec ma famille, j’ai de la famille partout dans le monde, en Afrique mais aussi aux États-Unis et partout en Europe, et tous ils ont leur commerce, moi je ne peux pas parce que j’ai pas d’endroit pour faire ça et que j’ai pas confiance, donc je veux faire ça toute seule.

Ici on apprend plein de choses mais c'est toujours trop dur.

J’ai toujours un fils au pays, il va bien mais il a eu un accident et maintenant il a plus les mêmes jambes qu’avant, il se fatigue vite quand il marche. Je voulais qu’il vienne en France avant ses 18 ans, mais maintenant c’est trop tard ça va être dur ça aussi, mais pour qu’il vienne il faut un logement, alors j’attends.

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