MS.S marié, un enfant : arrivés au centre le 1er février 2012

 

Depuis combien de temps êtes vous sans logement ?

La date exacte ? 2011 pourquoi ? J'avais un contrat oral mais pas de papiers et quand la personne a su que ma femme était enceinte et qu'elle allait accocuher, elle nous a mis dehors, elle savais qu'après avec un enfant ce serait plus sur. À l'époque je n'avais pas de papiers, donc je ne pouvais pas vraiment trouver de travail donc pas de logement non plus. Après on a galéré au 115. C'était très difficile. Ma femme m'a caché des choses parce qu'elle avait peur pour moi. On a fait des hôtels et puis d'autres. Des fois, un jour, des fois trois jours, des fois ça faisait beaucoup de transport entre deux hôtels. Je me souviens une fois on m'a appelé à 22h. J'ai aussi fait Massy Palaiseau et le lendemain on nous a envoyés dans l'Oise. On a toujours eu beaucoup de distance à faire avec ma femme enceinte et les bagages. On voyait et se croisait avec d’autres familles 115.
Pendant cette période, j’étais en contact avec une assistante sociale de Montreuil. Beau- coup de démarches ont été faites avec elle pour l’hébergement après l’accouchement quand ma fille était malade (elle avait un virus et après des couches spéciales pour ses hanches). Toute cette expérience (le 115) ça m’a rendu fort mais pour la famille c’est très dur. Je me souviens dans un hôtel à Aubervilliers on a vu des violences faites à des femmes.

 

C’est surtout ma femme qui a vu tout ca. Le problème c’est aussi de ne pouvoir faire à manger et c’était mon cousin qui nous donnait de la nourriture. Avant d’arriver au CEFR on n’avait pas les Restos du cœur, que l’assistante sociale qui nous donnait des couches. On avait même pas de tickets de transport, du coup on a eu plein d’amendes RATP. Une mis fois on est allés tellement loin qu’il fallait prendre le TGV pour aller à l’hôtel.


Quand avez-vous fait le DALO ?

Avant le DALO on a fait la demande pour un CHRS mais pas comme ici, un peu comme des appartements, mais ça a pas fonctionné, la peinture était dangereuse pour ma femme enceinte et comme bientôt notre fille allait naître, c’était plus possible.
Pour le DALO c’est notre A.S. qui l’a fait avec nous mais on croyait que c’était pour avoir un logement tout de suite, parce qu’on avait déjà fait la demande de logement bien avant. Ensuite on a passé un entretien avec des gens du DALO, je ne sais plus comment ça s’appelle, on a été reçu à Montreuil et ils nous ont demandé de venir avec des papiers et ils nous ont posé des questions.

 

À ce moment là j’avais eu mes papiers, mais au début quand on est arrivé en France j’ai fait tous les papiers pour ma femme parce qu’elle est française et moi c’est seulement après que j’ai pu les faire pour avoir ma carte de séjour. Pendant un an la préfecture a gardé ma carte, je sais pas pourquoi. Mon premier rendez-vous à Bobigny à la préfecture c’était en 2010 après j’ai eu six récépissés même mon A.S. savait pas pourquoi...


L’entretien (avec les « gens du DALO »), c’était normal, il y avait une assistante sociale, pas la mienne. Je me souviens pas de l’adresse, mais j’ai du y aller avec ma femme, Maya [la fille du couple] n’était pas encore née, mais bientôt.

Ils ont posé des questions sur les papiers de ma femme et les miens que j’avais pas encore, nos revenus et ce qu’on voulait, notre motiva- tion pour avoir un logement en fait. Nous, on y croyait déjà plus trop avec ma femme, juste que c’était encore une démarche qui compli- quait notre dossier. Une fois que l’entretien était fini notre A.S. nous a dit que c’était bon, mais on savait pas ce qui allait se pas- ser ensuite. Je savais pas alors qu’il y avait des étapes obligatoires pour le DALO, on savait juste qu’on devait présenter les papiers qu’on avait faits avec notre A.S. et d’autres papiers. On avait toujours tout avec nous de toute façon : la CMU, la CAF, la CNI de ma femme, mon récépissé, etc.

 

Après ce rendez-vous on a attendu, mais en fait il ne s’est rien passé alors qu’on avait eu quand même un espoir parce que notre A.S. nous avait dit qu’on avait droit au DALO, qu’on était parmi les premiers et que c’était bien mais en fait on a continué avec le 115. En fait le DALO c’était une démarche nor- male, comme les autres démarches quoi. C’est un peu comme à la télé quand il y a un scandale, pendant une semaine tout le monde parle de ça tout le temps partout et après plus rien. Nous pendant un moment on a même oublié le DALO, en même temps avant même le DALO on avait fait le SIAO et c’était pareil, on y a cru mais après on a un peu oublié parce qu’on était toujours au 115. Le premier papier qu’on a reçu du DALO c’était pour dire qu’on avait droit à un loge- ment et c’était il y a deux ans. On a compris après (...) que le papier donne la priorité pour le logement s’il y a une proposition, mais on sait tous que c’est la crise et que c’est dur pour avoir un logement, on n’a jamais eu de propo- sition. On était dans les hôtels et on croisait d’autres familles et on se disait un peu que c’était une démarche mais qu’en fait l’orga- nisme du DALO trouve jamais de logement pour nous.

Après tout ça, on a attendu longtemps sans rien avoir du DALO.


Après les gens d’ici, ils nous ont dit qu’on avait des dates pour faire les choses, avant on savait même pas. Les dates étaient écrites sur le papier qu’on avait reçu [la reconnaissance du caractère prioritaire de la famille]. Ensuite on est passé en CHRS avec vous et on a fait encore un dossier pour aller au tribunal administratif de Montreuil et vite on a reçu un courrier du tribunal. Dans le centre c’était plus facile parce qu’on pouvait tout de suite avoir les informations quand on savait pas les choses.

On est allé avec ma fille et ma femme au tri- bunal à Montreuil. Il y avait beaucoup de monde comme nous au moins 30 personnes. Sauf qu’on savait pas que c’était interdit pour les enfants du coup ma femme et ma fille ont du attendre dehors. On était tous dans le tri- bunal pour la même chose par contre. Tous les gens passaient un par un et le juge posait les mêmes questions.

 

Quand le juge m’a appelé je suis allé devant lui et il m’a demandé si j’avais eu une pro- position de logement. J’ai répondu « Non jamais ». Ensuite il m’a dit que grâce aux droits de la République et son pouvoir, il condamne le préfet qui n’était même pas là. Il n’y avait personne de la préfecture, on était pas contents tous, parce qu’on aurait bien aimé parlé à quelqu’un de la préfecture pour qu’il nous dise pourquoi on avait toujours pas de logement.
Moi le mot magique du juge, c’est quand il a dit qu’il condamnait le préfet et il l’a bien dit que le préfet devrait payer une amende. Il nous a même dit que ce serait environ 700 € par mois et que le préfet serait obligé de payer jusqu’à ce qu’il nous donne le logement.

 

Ça a duré vraiment pas longtemps devant le juge, cinq minutes seulement. Il a juste posé quelques questions sur ma vie et ce que je voulais. Il avait le dossier qu’on avait fait au Centre. Après c’était fini, le juge a juste précisé que le préfet avait quand même un délai pour trouver le logement et que tout serait expliqué dans le courrier qu’on allait recevoir au Centre.

Pas très longtemps après, on a reçu le papier du tribunal. Au Centre ils nous ont expliqué que le juge avait condamné le préfet à payer une amende de 540 € par mois.

 

Par contre ma femme qui comprend moins bien le français que moi, elle croyait que le préfet allait nous donner de l’argent et même qu’il allait payer notre logement. Moi avec mon T.S. je savais ce qui allait se passer parce qu’il m’avait tout bien expliqué et il m’avait dit comment ça allait se passer devant le juge. Il m’a même appelé avant l’audience et après, parce que d’habitude il va avec les gens mais là il pouvait pas du coup il m’a appelé pour nous rassurer.

Tout ça date de juin/juillet et depuis rien du tout. Je me souviens à l’époque je ne travaillais plus. Maintenant qu’on a reçu tout ça on est toujours dans le centre. C’est un peu comme une suggestion tout ça, comme si le juge avait fait une demande de logement mais même si aujourd’hui c’est différent parce qu’on est plus à l’hôtel et que c’est beaucoup mieux ici que l’hôtel, on n’a toujours pas le logement.

 

Je crois que pour avoir de meilleures conditions de vie, un espace pour moi ou pour ma fille il nous faudrait un logement quand même. C’est difficile pour moi de me reposer et d’avoir de l’intimité dans le couple. Pour moi et pour ma femme, sachant qu’on est trois dans la chambre, dès qu’on bouge avec ma femme, ma fille c’est comme un gendarme, elle se réveille et nous demande tout de suite ce qui se passe. On ne veut pas que ma fille nous pose des questions sur ce qu’on fait.
Pour avoir une vraie famille, il faut un confort, une cuisine, une chambre, des douches. Que la famille puisse faire sa vie tranquillement : c’est ça qu’on attend. On a eu toutes les réponses par rapport aux démarches. On est passé par toutes les étapes mais on n’a pas eu l’objectif du logement. Donc on attend cette proposition de logement.

 

Eux [les personnes en charge du DALO/Comed] ou le juge, par rapport à la condamnation, est-ce qu’il y a un temps limite, ou l’État donne un temps au pré- fet ? Est-ce qu’à un moment le préfet arrêtera de payer l’amende ? [Ma réponse : non, on peut attendre longtemps] Donc on va peut-être mourir alors que le préfet paye l’amende ? [Réponse : oui c’est possible] Avez-vous entendu parler de dommages et intérêts concernant le DALO ?
Non jamais. On peut demander de l’argent en plus d’un logement ? De l’argent qu’on nous donnerait à nous ? [On en reparlera, je souhaitais uniquement savoir si vous en aviez entendu parler]. J’ai jamais vu de choses sur le DALO à la télé. On voit les gens du 115, on voit les pauvres, mais le DALO on voit jamais rien dessus.


Psychologiquement c’est très difficile d’attendre parce que ça crée des problèmes familiaux entre le mari et la femme de ne pas avoir de logement. Toute l’étape du 115 c’est un défi moral et physique. Pour une femme enceinte c’était très dur parce qu’on voit pas la fin. On sait pas quand ça va changer. Même si il y a des choses comme le DALO on est toujours déçu, je me vois encore me cacher dans les transports ou quand on devait pous- ser la poussette avec plein d’affaires, ou quand on perd des affaires parce qu’on sait pas quoi en faire. Je ne parle même pas des relations sexuelles, parce qu’on est trop fatigués pour.

Le DALO on le fait pour pas mourir. Il faut qu’on fasse des choses sinon on meurt parce que c’est faire des choses qui empêche d’abandonner.

 

Si je pouvais dire même, quand on passe par le 115, il faut aller voir un psychologue ou quelque chose comme ça (je rappelle à M. qu'une psychologue est disponible à sa demande au sein du centre) On sait pas quand ça s'arrête le 115 on voit pas le bout, du coup le DALO, on a cru que c'était la sortie de tout ça et puis en fait, nmais même si ça marche pas il fallait qu'on fasse quelque chose pour croire qu'on allait sortir de tout ça. Les gens du 115, des fois, on comprenait rien du tout à ce qu'ils disaient. Pourquoi ils envoient pas des SMS ? 

 

 

 

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