Vivre et habiter

Longtemps méconnu, le logement de transition est de plus en plus sollicité par les travailleurs sociaux

Solibail est un dispositif récent. Créé en 2009, il a pour but de désengorger les hôtels sociaux devenus gouffre financier pour l’État et de stabiliser ces familles dont le parcours est souvent mar- qué de ruptures et d’une logique d’urgence presque quotidienne. Il a aussi permis de mettre en avant la politique du « logement d’abord» largement évoquée ces derniers temps comme une alternative à un parcours d’hébergement par palier, manquant quelquefois de souplesse. Le logement transi- toire est à la jointure entre l’hôtel ou la structure collective de type CHRS et le logement autonome. Ce logement autonome ou définitif est présenté aux familles et par les familles, dès le début de leur parcours d’insertion, comme le Saint - Graal auquel il faut abou- tir. Les familles que nous rencontrons ont souvent ce discours « Je veux mon logement, mon travail et vivre comme tout le monde». Pour un certain nombre « vivre comme tout le monde » passe en premier lieu par l’habitat, une maison ou un appartement.

Au moment de leur entrée au sein du dispositif, les personnes que nous accueillons ont une image précise de ce qui serait pour elles le logement idéal. Elles peuvent être très heureuses de l’appartement qu’elles vont habiter pendant les dix-huit mois de la prise en charge ou quelquefois déçues de ce qui leur est proposé (notons que certains logements Solibail ne sont pas toujours de première fraîcheur). Il est de la mission du travailleur social, avec les familles, de décortiquer cet idéal pour leur permettre d’être en phase avec la réalité des possibilités de relogements. La partie la plus complexe est l’explication du non choix auquel elles devront faire face devant une pro- position de logement social qu’elles ne pourront refuser sous peine de ne plus en recevoir. Toutes les per- sonnes que nous rencontrons ont, selon leur culture, leur éducation, leur manière de vivre, des critères incontournables, des éléments rédhibitoires pour leur habitat futur. Ils peuvent être de différentes natures : l’environnement dans lequel elles vont habiter, le logement lui même ou encore la manière dont elles vont l’habiter. L’accompagnement social dans le cadre du Solibail a cette particularité qu’il donne le temps aux personnes de réfléchir, de remodeler, de discuter cette vision de l’habitat. Nous nous confrontons aux mêmes questions que les familles accueil- lies : comment s’installer dans un schéma de logement classique ? Est- ce vraiment ce qui leur correspond ? Comment arriver à vivre dans un habitat et intégrer une manière d’habiter normée ? Car soyons honnêtes, nos dispositifs de logement les plus courants contraignent souvent les personnes à entrer dans des normes sociales très précises afin d’intégrer un appartement où « vivre comme tout le monde» devient souvent « devoir habiter comme tout le monde » : « vivre et habiter comme tout le monde » n’est pas toujours ce qui nous correspond et nous rend heureux.

Louisa, membre du réseau IL93

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