Un chez soi d'abord : le passage de la rue au logement pérenne pour les "sans chez soi"

C’est un programme expérimental dans quatre villes Lille, Marseille, Toulouse et Paris, étalé sur trois ans. Il est relié à une recherche médicale qui s’adresse à un public manifestant des troubles psychiques sévères tels que la schizophrénie, les troubles bipolaires avec ou sans addictions, vivant à la rue.

Programme ambitieux dont la recherche a, entre autre, à mesurer : la réduction des inégalités sociales en termes de santé suivant les déterminants en santé publique ; le processus de rétablissement de chacun des locataires ; la citoyenneté ; les coûts en termes de santé, suivant deux cohortes dans chacune des quatre villes : une cohorte de cent personnes logées vis à vis

de cent personnes restant dans l’offre habituelle des personnes sans chez soi.

Un chez soi d’abord s’inscrit dans :

> la promotion de la santé, soit la capacité d’améliorer et de maintenir sa santé ;

> la protection de la santé, soit la capacité de préserver la santé individuelle et collective ;

> la prévention des maladies, soit la capacité de prendre des mesures préventives et procéder à des détections précoces ;

> des soins de santé, soit la capacité de solliciter des soins.

En amont, les équipes de maraudes, des EMPP, du SAMU social repèrent et diagnostiquent le public suivant les critères cliniques psychiatriques d’éligibilité et transmettent les demandes d’admission aux quatre équipes de la recherche.

Après le recueil du consentement éclairé par un médecin investigateur qui certifie l’adhésion des personnes à rentrer dans la recherche, un tirage au sort déterminera si la personne entrera dans la cohorte logée ou si elle bénéficiera de l’offre habituelle du droit commun. Le principe d’inconditionnalité de l’accueil est soumis aux conditions cliniques et sociales de la recherche. L’équipe pluridisciplinaire dédiée, chargée de l’accompagnement, n’a pas à se position- ner sur les entrées, elle prend en compte l’arrivée du locataire en devenir.

Toutes les personnes admises dans la cohorte logée, entrant dans des logements captés auprès de bailleurs privés ou sociaux, bénéficient des différentes prestations dispensées par l’équipe constituée de : psychiatre, médecin généraliste, travailleurs sociaux, infirmières et médiateurs santé sur la base d’un ratio d’un pour dix locataires.L’accompagnement psycho social a pour objectifs de favoriser l’accès et le maintien dans un logement, d’accès aux soins ainsi qu’au droit commun. Il se concrétise par des rencontres au domicile à raison de deux à trois fois par semaine et parfois par des accompagnements physiques si nécessaire.

Une astreinte 7 jours/7 et 24 heures sur 24 offre une continuité des prises en compte de l’ensemble des besoins des locataires, ils peuvent, ainsi que les bailleurs, les gardiens d’immeubles rentrer en contact avec nous à tout moment.L’accompagnement des locataires repose sur la dynamique d’aller vers eux, dans leur milieu – il n’y a que très rarement de ren- contres individuelles dans nos locaux – et propose pour ce passage de la rue à un logement tout un travail sur l’identité sociale. Celui-ci se base sur l’espoir et le rétablissement, non pas dans le sens d’une nor- malité toujours très subjective, mais de devenir un sujet unique et parvenir à vivre dans et avec la société malgré ses difficultés intra psychiques. Ce travail sur l’identité se traduit par une forme de recherche du temps perdu, disposer d’un logement n’est pas sortir de la rue. Des attitudes et des comportements perdurent bien au-delà de l’entrée dans un logement, ce qui correspond aussi à des modifications psychiques indispensables dans lesquelles les plaintes doivent changer d’objets, avec la perte de certains bénéfices secondaires. Changer d’identité est l’exercice le plus difficile à réaliser pour tout être humain.

Ceci oblige de bien dissocier pour l’équipe ce qui est de l’ordre des demandes et des besoins, d’entendre et d’écouter et d’être attentive à ne pas confondre ce qui est de l’ordre de l’empathie et de la compassion. L’ensemble des locataires est avant tout considéré comme citoyens à part entière et non seulement au travers de leurs symptômes même s’ils orientent les réflexions de l’équipe. Ces locataires ne sont pas que leurs symptômes, ce sont des personnes à part entière. Ainsi dans chaque rencontre partenariale relative à la situation d’un locataire, celui-ci participe aux échanges et peut être amené à animer cette rencontre.

Un chez soi d’abord est basé sur une inversion des logiques d’accompagnement habituel. Sur l’ensemble du programme national, après un an, cinq cents personnes ont intégré la recherche. Sur les 250 locataires initiaux, 90% sont encore dans leur logement, près de 75% ont des comportements adaptés vis-à-vis du voisinage et 70% s’acquittent régulièrement de leur loyer résiduel et beaucoup ont renoué des liens avec leurs familles.

Ce programme expérimental ose des changements dans les approches des personnes en difficultés d’adaptation psycho sociales. Osons les change- ments, développons l’espoir, l’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain.

Jean-Marc ANTOINE, chef de projet AURORE

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