GRANDIR sous contrat : "en fait, on se rend compte de notre situation que lorsqu'on commence à en sortir."

May 19, 2013

 

 

 

 

 

 

"Le Trottoir d'à côté" a recueilli les impressions des jeunes des Gavroches suite à la diffusion du documentaire "Grandir sous contrat". Ils expriment leurs sentiments face à la pression subie et à une certaine dénégation, ainsi que leurs inquiétudes quant à la réussite de leur insertion au moment du couperet fatidique des 21 ans. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme à leurs habitudes, les tables et les chaises de la salle de réunion du Service de suite les Gavroches sont empilées pour créer de l’espace. Ce soir, il ne s’agit pas de la fête de Noël, ni d’une rencontre avec le planning familial, ni d’une séance de restitution d’un atelier d’écriture. Le conseil de la vie sociale de ce service de l’association Devenir, accompagnant trente-sept jeunes de 16 à 21 ans en appartements partagés et studios autonomes, a organisé la projection du documentaire « Grandir sous contrat »2. Elle est suivie d’une émission de la radio associative « Le Trottoir d’à côté » qui sera diffusée sur Internet. L’enregistrement en impressionne plus d’un avec ses casques, ses micros, sa table de montage et le silence requis. Elle rassemble autour des deux animateurs, Hervé Laud, directeur adjoint de ce service et Aude Giraud- Morel, étudiante à l’ETSUP, la réalisatrice Carole Tresca et deux jeunes sortis depuis plusieurs années, Constantin, 26 ans et Paul, bientôt 30 ans. À leurs côtés, trois jeunes actuellement suivis en appartements, Claire, Sylvestre et Danut. 

 

 

 

 

 

Paul et Constantin, vous qui avez aujourd’hui bien plus de 21 ans, comment avez-vous traversé cette idée de « grandir sous contrat » ?

 

 

 

 

Paul : On se pose les mêmes questions que les protagonistes du film : le couperet à 21 ans, com- ment le préparer. On n’a pas les mêmes choix au départ en termes d’études, de perspectives et d’objectifs : on doit avoir la barrière des 21 ans en tête et faire nos choix en conséquence. On vit un peu cette situation comme une injustice : voilà je ne peux pas envisager la même carrière que d’autres. Maintenant, le fait qu’il y ait des organismes et des associations qui puissent accompagner les jeunes améliorent nos chances de réussite dans la mesure où matériellement on arrive à s’en sortir, à monter un projet. Et après c’est la chance, les opportuni- tés, les rencontres que l’on fait dans cette phase de transition un peu complexe qui détermine un peu la suite.

 

La rencontre avec l’inspectrice de l’ase est un moment important. Quels souvenirs en avez-vous gardé ?

Constantin : Ça c’est passé plutôt bien. L’inspectrice de l’ASE m’a soutenu. Je n’ai pas eu de difficultés comme certains. Mais, ce n’est pas un moment facile, la relation n’est pas spontanée, il faut préparer le rendez-vous. 

 

 

 

Paul : C’est vrai que c’est un moment stressant parce qu’on sait qu’à tout moment tout peut s’ar- rêter. Mais lorsqu’on a bien construit son projet, qu’on sait qu’il est défendable et qu’on s’est préparé à la rencontre avec les éducateurs, ça se passe en général en douceur.

 

Et pour vous, qui êtes encore suivis, Claire et Sylvestre ?

Claire : Le contrat jeune majeur, c’est beaucoup de choses, beaucoup de rappels à l’ordre. On a chacun son passé, on a chacun une galère, ce n’est pas toujours facile à gérer même si ça m’a fait com- prendre qu’on peut aussi s’en sortir.

Sylvestre : Il faut vraiment être sûr de son projet, pour au final ne pas aller sur une autre voie, ensuite hésiter, parce que je me dis, c’est vraiment à 21 ans que tout est fini. Il faut vraiment avoir envisagé l’avenir bien avant et être sûr d’avoir un autre logement, de pouvoir se débrouiller tout seul et être vraiment autonome, quoi.

 

Ça c’est une injonction du contrat, mais est-ce qu’à 18-19 ans, on est sûr de ce que l’on veut faire ?

Sylvestre : Mmm, oui, c’est possible. Mais après, on est jeune : on est sûr de vouloir faire un truc et le lendemain on dit non : finalement ça ne me plaît pas tellement. Je vais peut-être envisager ça ou ça. Donc on touche un peu à tout et c’est dur de se décider justement.

 

on entend beaucoup les mots d’autonomie, d’objectifs, est-ce que ces mots ont un sens pour vous ?

Claire : À vrai dire quand même. Ça nous demande beaucoup d’engagements dans un pre- mier temps et concernant l’autonomie, on a beaucoup de choses à gérer à la fois entre la scolarité, le monde professionnel et les émotions, etc.  

 

 

 

Moi, je n'ai pas toujours le temps pour mes amis et même pour ma famille, prise entre tous les aspects quotidiens et toutes les démarches à effectuer. En même temps, c’est une chance inouïe. Et cela donne de l’espoir car on peut tous avoir une chance de s’en sortir dans la vie. Il y a des jeunes autour de moi qui ont des difficultés de jeunes mais est-ce qu’ils savent vraiment ce que je vis, moi. Eux, ils ont une vie plus paisible. Quand on leur raconte, ils sont stupéfaits parce que personne ne réalise notre situation. 

 

 

 

 

Est-ce que vous parlez de la prise en charge « jeune majeur » à vos amis ?

Sylvestre : Eh bien justement, certains sont compréhensifs, d’autres ont des clichés. Il faut montrer le contraire : nous ne sommes pas des cas sociaux, des bandits ou des voleurs. Il faut montrer qu’on a de l’ambition et qu’on veut réussir.

 

Est-ce que vous considérez le contrat jeune majeur comme une aide ou comme une contrainte ?

Claire : Moi, je considère ça plutôt comme une aide. J’ai eu mon contrat jeune majeur pour un an et je suis encore lycéenne et ça me permet de pouvoir bien terminer ma dernière année et après de rechercher un travail ou au pire une formation en alternance. Ça me donne un temps important même si je trouve que ce temps s’écoule un peu plus rapidement que je ne le pensais (rires).

 

Vous qui êtes majeurs, comment arrivez-vous à concilier votre plein droit de vivre votre vie comme vous le souhaitez avec l’obligation de tenir compte de la prise en charge?

Claire : (en riant) Il faut avoir une certaine forme de méthodologie, je dirais, parce que il faut savoir psychologiquement gérer ces deux modes de vie, complètement différents, du coup c’est un peu difficile.

Danut : Quand on a 18 ans et qu’on est pris en charge, on ne se rend pas vraiment compte qu’on est adulte et qu’on doit commencer à envisager notre avenir. Comme on vit au lycée avec les jeunes qui sont de notre âge et qui ont encore leur famille, on vit un peu comme eux, on est un peu insouciant. En fait, on ne se rend compte réellement de notre situation que lorsque l’on arrive à notre sortie. Les éducateurs, ils sont là pour nous dire de chercher du travail, de faire des économies, de passer notre permis et ça tout seul, on ne peut pas s’en rendre compte.

 

Pour conclure, qu’est-ce que vous souhaitez dire à ceux qui signeront bientôt leur premier contrat ?

Sylvestre : Leur dire que peut-être, ils auront la chance d’obtenir leur contrat jeune majeur, qu’ils se diront que c’est la belle vie, qu’ils en ont jusqu’à leurs 21 ans, etc. Leur dire de se bouger dès qu’ils ont signé, pour ne pas se poser de questions en cours de route.

 

Marc Noël 

 

 

 

 

 

NOTES

1/ Radio associative, en partenariat avec l’ETSUP - www.etsup.com/ le-trottoir-d-a-cote

2/ Carole Tresca, 2003, 52 minutes, Point fixe Productions. 

 

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