Le logement d'abord

Interlogement93 ne sera pas la première association à s’interroger sur la pertinence d’une poli- tique à l’égard des sans-abris et des mal-logés qui met en avant un slogan, mais ne se donne pas les moyens de ses ambitions !

Les expériences étrangères dont la France s’inspire, (housing first) sont vidées de leur substantifique moelle.

La FNARS, INTERLOGEMENT 93, le Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées, ATD Quart Monde, la Fondation Abbé Pierre, EMMAÜS, la FAPIL, Habitat et Huma- nisme... des collectifs de travailleurs sociaux... et j’en oublie, toutes ces fédérations, tous ces mouvements, s’accordent à penser et à dire que la déconstruction de l’hébergement à laquelle nous assistons dans le cadre de la refondation de l’hébergement, détricote et détruit les moyens de répondre aux plus fragiles des citoyens, habitants et résidents de ce pays. Rien n’a été construit pour organiser une réelle capacité à transformer nos pratiques et les outils aptes à accueillir et loger ces milliers de personnes et de ménages à la rue ou en danger de l’être.

Le « LOGEMENT D’ABORD » si ce doit être un slogan, pour nous, c’est NON, NON et NON !

Nous militons pour qu’il y ait D’ABORD UN LOGEMENT pour tous et pour chacun.Oui, nous nous accordons pour penser et dire qu’il ne peut être cohérent de mettre à mal les dispositifs d’hébergement tels qu’ils existent aujourd’hui, sans avoir au préalable, mas- sivement construit des logements sociaux accessibles à tous et aux plus fragiles, mis en œuvre une réelle politique de sécurisation, de solvabilisation et un accompagnement ren- forcé mobilisant tous les services tant sanitaires que sociaux. Faut-il rappeler que ce sont, en Ile-de-France, 13 000 places d’hébergement supplémentaires que le PRAHI, de manière consensuelle, préconisait il y a un an?

Or nous assistons à une politique totalement inverse !

Diminution des budgets alloués aux dispositifs d’hébergement, réduction du nombre de places d’hébergement en hôtel et notamment pour les dispositifs d’urgence, fermeture de centres d’hé- bergement... Baisse générale des crédits de l’État consacrés à l’effort de construction de logements sociaux.

La montée en charge du dispositif « SOLIBAIL » représente, nous le reconnaissons, une bonne alternative... à l’hébergement !

Ce n’est en aucun cas une offre de logement pérenne faite aux personnes concernées ! Cette offre est précaire puisqu’elle ne peut se prolonger au-delà de 18 mois d’occupation... Les avantages pour les ménages par rapport aux solutions d’hébergement en diffus déjà pra- tiquées par de nombreuses associations, n’ap- paraissent pas évidents !

En revanche, la vision économique et budgétaire à court terme n’échappe à personne ! Rappelons que des milliers de ménages sont reconnus prioritaires par les commissions « DALO » et que, faute de logements sociaux disponibles, ceux-ci n’accèdent toujours pas à leurs propres logements.

Soulignons également, que de très nombreuses places d’hébergement sont occupées par des personnes et des ménages en situation d’accéder à leur propre logement. Elles n’y sont main- tenues que faute de logements sociaux disponibles.

La refonte de l’hébergement, la mise en place des SIAO, les impératifs budgétaires mettent à mal les asso- ciations. Les concertations préliminaires de tous les acteurs, bailleurs sociaux, collectivités territoriales, ministères, associations, collectifs de citoyens n’ont pas été mises en œuvre. La construction préalable d’offres de logements sociaux, l’élaboration d’une poli- tique sociale et sanitaire n’ont pas été engagées.

Alors, avec l’ensemble de nos partenaires associatifs, nous réaffirmons que nous revendiquons une politique qui vise d’abord le logement, d’abord une vraie politique sanitaire et sociale, d’abord un réel maillage de tous les secteurs sanitaires et sociaux.

Nous pourrons ensuite, refondre la politique de l’hébergement et de l’accompagnement des personnes à la rue ou en danger de l’être.

Déconstruire n’est pas construire !!!

La facture sociale que nous aurons à payer dans la prochaine décennie, risque fort de réduire à néant tous nos espoirs de cohésion sociale. Nous sommes clairement et fondamentalement opposés à la mise en œuvre d’une politique dont la visée économique et budgétaire à court terme en est la première, voire la seule priorité.

Nous nous situons dans une dynamique exigeante de partenariat avec les pouvoirs publics pour élaborer une politique humaine, humaniste, solidaire et sociale.

Nous sommes pour une citoyenneté partagée par tous.

Ces engagements supposent une volonté politique de concertation, de partage, de consensus et de co-construction. 􏰅

Philippe MARTEL

Président d’IL93

Un exemple de logements sociaux et étudiants se construisant à Aubervilliers, livrable juillet 2010.

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