Les principales raisons qui poussent à rester ou à quitter son emploi : surprise et intérêt

Synthèse de l’enquête réalisée auprès des personnes concernées par le RSA (Revenu de Solidarité Active) expérimentalen Seine-Saint-Denis.

Dans le cadre de l’expérimentation du Revenu de Solidarité Active en Seine- Saint-Denis, C2DI93 a proposé un service de soutien dans l’emploi susceptible d’agir dans l’entreprise. Environ 270 personnes ont été contactées dans les communes de Livry Gargan, Clichy-sous-Bois, Montfermeil et Aulnay-sous-Bois et 38 personnes ont bénéficié de ce service.

L’association a souhaité aller au-delà de l’évaluation de l’action en interrogeant tous ceux qui s’étaient vus proposer ce soutien, qu’ils l’aient expérimenté ou non.

Nous nous sommes intéressés aux situations en emploi des personnes concernées par l’ex- périmentation du RSA ainsi qu’à leur ressenti vis-à-vis de leurs conditions de travail. Plus particulièrement nous avons recherché les axes d’améliorations prioritaires du point de vue des personnes elles-mêmes. Enfin nous ques- tionnons l’intérêt que représente un service de soutien dans l’emploi et pour quel(s) bénéfice(s) attendu(s). Nous avons reçu 91 réponses pour 270 questionnaires envoyés.

Quels sont les profils et les situations de travail des personnes concernées par le RSA expérimental ?

Parmi les personnes ayant répondu 63 % sont en emploi au moment de l’enquête (les conditions d’accès pour l’expérimentation en Seine- Saint-Denis prévoyaient une reprise d’activité d’au moins 78 heures par mois).

La moitié des personnes, au moment de l’enquête est à temps partiel. Il y a autant d’hommes que de femmes parmi les personnes ayant répondu .

45% des femmes sont seules avec un ou plusieurs enfants tandis qu’aucun homme ne déclare être dans cette situation. 60% des personnes interrogées ont un niveau de formation inférieur au BAC.

Les données générales nous montrent que le RSA recouvre une disparité de situations partant du CDI temps complet au contrat d’insertion, concernant même des personnes relativement qualifiées. On y voit aussi des conditions spécifiques pour les femmes vis-à-vis de l’accès au temps plein.

Comment le travail est-il vécu ?

Les personnes bénéficiant du RSA expérimental, interrogées dans cette enquête affichent majo- ritairement une satisfaction sans nuance sur les éléments que nous avons soumis : contrat, volume horaire, conditions de travail, relations avec les collègues, relations avec les supérieurs, accueil lors du démarrage, clarté des consignes et clarté des missions. Les personnes insatisfai- tes sont peu nombreuses mais sont également sans nuance sur tous les points.

Difficile de distinguer donc au sein d’un contexte un élément déterminant, susceptible de faire basculer la perception d’ensemble du poste occupé.

Nous avons demandé aux personnes en emploi au moment de l’enquête si elles souhaitent conserver leur emploi ou en changer. Sur 57 personnes, 42 (soit 74 %) souhaitent conserver leur situation et 14 (soit 25 %) déclarent vouloir quitter leur travail.

Celles qui souhaitent quitter leur emploi sont celles qui se déclarent les moins satisfaites de leur contrat, leur volume horaire, leurs conditions de travail, leurs relations avec leurs supérieurs et par l’accueil reçu lors de leur démarrage de contrat.

Nous avons aussi cherché quelles étaient les principales raisons qui les pousseraient à rester ou à quitter leur emploi.

Parmi les éléments encourageant à conserver son emploi, les plus mis en avant sont ceux qui ont trait à l’intérêt porté au travail, aux tâches effectuées, le « plaisir de travailler ». Les emplois comportant une dimension relationnelle sont particulièrement valorisés. En effet les relations avec « les clients », « les familles » et les fonctions « d’écoute », « d’aide » sont parmi les éléments cités comme les atouts d’un poste. Avoir de bonnes relations avec les collègues et les supérieurs est également une notion fortement présente.

Parmi les motifs poussant à quitter son emploi, les plus cités sont les éléments de planning, les horaires, les « conditions de travail ». Les arguments qui touchent au salaire jouent également un rôle important quoique souvent liés à un volume horaire trop faible. Du fait, l’enjeu est souvent une demande d’accès au temps plein.

La forme du contrat n’apparaît que comme un motif de mécontentement et n’est jamais citée parmi les avantages d’un poste. Les formes de contrats précaires sont dénoncées comme pous- sant à quitter un emploi mais le CDI n’est pas souligné en tant qu’avantage du poste occupé. La durée de temps de trajet, très souvent citée, apparaît à la fois parmi les avantages liés à un poste lorsqu’elle est faible et comme un inconvénient suffisant pour vouloir changer d’emploi lorsqu’elle est longue.

On voit différents degrés d’attachement au travail. Du simple gagne pain, il peut aussi être «passionnant » ou une façon « d’être utile ».

Il y a une approche pratique ou matérielle : les horaires, le temps de trajet, le salaire... pèsent au quotidien ou au contraire facilitent l’organisation personnelle. Les éléments sont quantifiables, mesurables.

Dans une approche plus abstraite les éléments d’ordre relationnel avec les collègues, avec les clients, sont valorisants et valorisés.Le contenu du poste, l’intérêt des tâches effec- tuées semblent relever des deux aspects à la fois, par exemple il est question d’obtenir « un emploi plus valorisant et moins pénible ».

Enfin certains arguments pour conserver son emploi dénoncent en fait une situation insatisfaisante : il faut bien « manger », « faire vivre sa famille », ou encore « s’occuper ». Le travail est alors considéré comme un simple moyen de gagner sa vie, parfois s’ajoute la peur de perdre son emploi. Parmi les raisons de rester dans l’emploi occupé se trouve ainsi « la crise éco- nomique ».

Pour compléter avec les attentes vis-à-vis du tra- vail, nous avons listé une dizaine de propositions d’améliorations possibles en situation d’emploi et demandé aux personnes d’indiquer les trois qui leur semblaient les plus importantes. Par exemple, y figurait le fait :

> d’accéder à un contrat de travail plus stable,

> d’obtenir un changement de planning,

> d’obtenir un volume horaire plus important,

> d’accéder à une fonction plus intéressante,

> d’obtenir une augmentation de salaire

> d’être accueilli(e) lors du démarrage de contrat

Parmi les améliorations le plus souvent souhai- tées on trouve l’augmentation de salaire, l’accès au contrat stable. Ces éléments peuvent être considérés comme des indicateurs habituels et mesurables de la qualité des « conditions de travail ».

Cependant on voit aussi une forte demande de formation dans l’entreprise et plus surprenant, le souhait d’être accueilli au démarrage du contrat (à égalité avec l’accès à un volume horaire plus élevé). C’est aussi parmi les personnes les plus diplômées que l’intérêt pour une formation dans l’entreprise est le plus flagrant.

Une proposition de soutien dans l’emploi

L’enquête nous montre que la proposition de soutien pour des personnes en emploi surprend dans un premier temps. Cependant les personnes ayant bénéficié du service de C2DI93 sont convaincues qu’un service extérieur à l’entreprise peut les aider à obtenir au moins une des améliorations de leur situation d’emploi qu’ils jugent prioritaire.

Sur l’ensemble des personnes qui pensent qu’un service extérieur à l’entreprise peut les aider, la majorité déclare que celui-ci pourrait leur permettre d’obtenir un contrat stable.

Les personnes non rencontrées souhaitent prioritairement obtenir une augmentation de salaire, et celles ayant fait la démarche vers C2DI93 souhaitent avant tout un contrat durable.

Les personnes en emploi au moment de l’enquête et qui ont bénéficié du service de soutien dans l’emploi de C2DI93 (17 personnes) ont plus l’intention de quitter leur emploi actuel que les autres. Elles sont aussi moins satisfaites de leur relation avec leurs supérieurs et elles considèrent que les consignes de travail sont moins clairement données.

Les réponses données quant aux motivations à rester ou non dans son emploi, ainsi que les améliorations souhaitées en priorité dans une situation de travail ne peuvent être interprétées comme les motifs incontestables de réussite ou d’échec d’un contrat. Pourtant elles nous infor- ment sur ce qui peut influencer le déroulement, la pérennisation ou la rupture d’un contrat de travail du point de vue des salariés concernés par cette enquête.

Ces éléments constituent des points de vigilance et des leviers possibles pour notre service de soutien auprès du salarié et de l’entreprise.

Agnès Guillerme

Chargée de mission C2DI

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